
Bienvenue dans mon boudoir.
Vous trouverez ici quelques compositions
Nées au gré de mon inspiration.
Puisse leur lecture vous être agréable ;
Mon encre, du moins, se veut aimable.
V. À ceux et celles qui sèment
I. Traversée
Il est tendre,
Sa main est douce.
Il est le fleuve
Sur lequel je navigue.
Coque de bois qui m’emmène,
Par la contrée,
Si loin des plages outragées.
*
Tu m’emmènes au coton du songe
Ta main dans la mienne,
Scellées de l’anneau blanc
Et des rires d’enfants.
Tendons l’oreille, mes amis,
Les oiseaux saluent le passage
Des échappés du naufrage,
Aucun mot ne touchera plus
L’acajou de leur félicité.
Accrochez l’enclume !
Que repose au fond de l’eau
Pour l’éternité
Tout ce qui fait affront au beau,
Bercé par notre humanité.
Caresse mon corps,
Pour avoir su comprendre mon coeur,
Pénétrer ma chair,
Et en faire jaillir la vie.
Enlace-moi dans la lumière de l’eau.
À la surface !
La surface aux mille émeraudes,
Loin, très loin de cette abysse,
Aux ténèbres que fuit même la nuit,
Quand une seule lettre
Devient masque, au plus grand des masques.
*
Cher amour,
Vois-tu, ce que j’aime de toi,
Tu ne triches pas.
Tu vois le mensonge,
Tu ris de la joute.
Aux jouvencelles à la voix travaillée,
Tu préfères mes haillons si souvent rapiécés,
Ton regard les transforme en voile,
Moi qui ne sais pas regarder les étoiles.
Sache que tu seras ma muse !
Je ne te le dirai pas,
C’est plus drôle comme ça.
Mais si au détour d’un bosquet,
Tu surprends mon oeillade amusée,
J’aurais écrit un poème pour toi,
Mes syllabes t’auront chatouillé
Je te laisserai les deviner.
*
Un oiseau plane près de l’arbre,
Les feuilles balancent,
Ses plumes s’élancent,
Et le soleil agite un rayon.
Je reconnais cet air.
Où donc la symphonie jouait-elle
Durant tout ce temps ?
II. Le goûter
L’ami
Quel est donc, mon adorée,
Cet air éloquent
Lorsque ma main,
Telle un moineau sur le pain,
Se pose sur votre séant ?
L’adorée
Les moineaux, mon ami,
Préfèrent au gras
Le délicat.
Tout comme moi.
L’ami
Votre ignorance vous perd,
Ma mie,
Apprenez que nous sommes en hiver.
L’adorée
Oh !
L’ami
La survie de l’espèce
Contre une volupté en liesse.
L’affaire me parait juste.
Nourrissez donc
Mes plumes engourdies
De votre gorge rougie.
L’adorée
(amusée)
Hi ! Seriez-vous un vampire ?
L’ami
(à lui-même)
À force de gauloiseries,
La gauloise rit
Fort bien.
L’adorée
(se redressant)
Vous dites ?
L’ami
Vous êtes enragée, ma divine !
Votre impatience m’émoustille.
Puisque vous me pressez
Je consens au corset.
L’adorée
(retombant en arrière)
Le vilain petit poète !
L’ami
Vous insistez !
À vous, je me soumets.
III. Poème pour un requiem
Vous qui passez,
Sortez ou entrez !
Qu’aucune main blême
Ne retienne
La porte boisée de hargne
Sur ce pays de cocagne !
Je déclare à la plèbe
Ici même et demain
Que nul lutrin
ne saura me soumettre
À ce qui ne fut autrefois
Qu’un décor de grège.
Petits seins de carton
Sur un tronc de nylon,
Je butais sur le ton
Et tombais – ma foi –
En pâmoison.
Riez, jeunes gens,
Vous avez le temps de rire.
Déclamez vos vers
Que je les emporte en terre.
Embrassez-vous !
De la fleur au genou,
Assis, couchés ou debout !
Embrassez-vous sur le poète
Que mon trépas soit une fête.
J’en aurai percé des coeurs
Et tranché des têtes.
Mes forfaits sont vos honneurs
Portez-les jusqu’à demeure.
Sachez, que de toujours,
Vous resterez ma fine fleur.
IV. Nuancier
Monsieur
Un clair de lune,
Ce fin rai de lumière
Qui, par suffisance extrême,
Prétend conquérir la nuit.
Et le soleil ?
N’y a-t-il pas plus arrogant,
Dites-moi,
Qu’un astre de flammes,
Au coeur de la danse,
Dont on ne peut approcher
Le moindre doigt de pied ?
Quant à l’homme,
Mieux vaut ne pas y songer.
Voilà l’artiste :
Il peint un monde,
Un monde coloré
Bien avant sa naissance.
Et il appelle cela de l’art !
(…)
Madame, détrompez-vous
Le cynisme n’existe pas.
Ce que vous voyez de moi
N’est autre que clairvoyance
Sous un vacarme renommé.
Je me fais fort de vous montrer,
Moi,
Les vraies couleurs de l’âme.
Madame
Il me semble pourtant
Que vous vous égarez.
Si l’art ne créé,
Il révèle la beauté.
Songez,
La lune éclaire la nuit,
Le soleil, son ballet,
Et l’homme…
Monsieur
Je reconnais bien là
Votre esprit midinette.
Douce mijaurée,
Vos contes muguettent.
Madame
(piquée)
…Et l’homme est la nuance à la palette du monde…
Monsieur
Quel esprit !
Madame
…tant qu’une femme en manie le pinceau.
Monsieur
(à part)
Ma parole, elle me courtise.
Madame
Monsieur, je vous prie de surveiller vos propos.
Vous êtes sur ma toile.
Monsieur
Mille excuses, Milady.
Laissez-moi baiser votre peau.
Vous êtes mon étoile.
V. À ceux et celles qui sèment
Serait-il pluie,
Pour ruisseler sur ma peau
De mon front aux épaules ?
Le vent porte son homonyme ;
Chaque recoin regorge
De l’être que j’ai aimé.
Mais qu’est-ce aimer ?
Le pavanage d’une plume
Sur une page qu’on hume ?
Suis-je nymphe ou nymphette ?
Vaut-il mieux lui plaire à l’endroit ?
Ou désirerait-il la Chère
À l’envers ?
Peu d’arbres furent si verdoyants
Que celui à l’écorce caressée.
Le bourgeon s’ouvre
Sous une pression pulpeuse,
La tentation abreuve le calice.
L’amour, un pétale sous la rosée :
C’est ainsi qu’on le désigne
À la sauvette.
Une rosée liqueur, fendue
Sous le tir des suffragettes.
Mais pour l’amante étourdie
Et soignée par le vent,
La rosée possède la couleur de l’or
Et le goût du charbon.
Le vent porte ton nom.
Ainsi chante le poème
À ceux et celles qui s’aiment,
À ceux et celles qui sèment.
VI. Joute grivoise
Le Curieux
Madame, vos dentelles vous honorent,
Ne seriez-vous pas reine de votre décor ?
Les épreuves vous accablent,
Mais rien ne gomme votre galbe.
La Courtoise
Mon tendre aimé, vous êtes fin limier.
Vos prouesses de langue ne sont plus à prouver,
Lorsque la nudité de votre esprit
Rencontre le satiné de mon lit.
L’Étonné
(prévenant)
Nudité ?
Dois-je me confondre en excuses
De ne pouvoir feindre la ruse
Pour mieux hurler sous votre lune ?
La Prévenue
(étonnée)
Quel loup faites-vous !
Laissez donc l’animal
Au pied de notre couche.
Je sais apaiser votre mal
Dès lors que je vous touche.
Le Touché
La reine est peu farouche !
La Reine
Ne me rendez point impatiente
De connaitre votre charpente
Notre nudité m’inspire,
Laissez-moi devenir votre empire.
L’Empereur
Madame, vous me volez ma réplique.
La Voleuse
Je vole avec ma plume,
L’élite du gosier.
Je veux être l’homme parjure
Et la jolie femme effrontée.
Je veux être votre armure
Et la pointe de l’épée.
Le Vaincu
Chère madame,
Votre bataille élève mon étendard.
L’art met les armes au pied de mon âme.
Soyez notre plus bel épître,
Je deviendrai votre pupitre.
